Ils sont partis de Montmeyran

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Ils sont partis de Montmeyran

 

Novembre revient. Son onzième jour sera consacré comme il se doit à l’armistice de la guerre de 1914-1918. En cette période difficile où la paix dans le monde est bien malmenée, notre recueillement pour ceux qui pensaient se battre pour la  » der des der  » ne sera que plus grand.
L’assassinat le 28 juin 1914 à Sarajevo de François-Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise est en effet l’étincelle qui va précipiter une Europe très tendue vers la guerre.

Des dizaines de millions d’Européens, des millions de Français, des dizaines de Montmeyrannais vont alors quitter leur famille, leurs enfants, leur travail afin de répondre à l’ordre de mobilisation. Ils vont alors découvrir l’enfer dans ces batailles de tranchées dont fatalement peu revinrent. Ni vivants, ni morts d’ailleurs.

 

 

Afin d’honorer leur mémoire, tous les villages de France ont alors entrepris dans les années vingt d’inaugurer un monument appelé monument aux morts. Montmeyran fit de même.

monument

Il ne faut toutefois pas oublier qu’avant d’être des noms gravés dans la pierre d’un édifice Théodore Achard, Elie Allovon, Léon Ameral, Edouard Arnaud, Hippolyte Arnaud, Léon Bourrette, Cyprien Beauthias, Baptiste Bellet, Victor Blanc, Henri Bonnet, Marie François Bonnet, Henri Bouvat, Aimé Brosille, Léopold Brosille, Amédée Charras, Pierre Charras, Auguste Chanel, Camille Dalboussière, Jules Chaudanson, Elie Colus, Emile Cotte, Charles Cornand, Paul Coupier, Marius Deffaisse, Hyppolite Demichaux, Albert Duc, Lucien Duc, Charles Durand, Joseph Ferrand, Louis Fermond, Paul Ferroussier, Louis Fournier, Emmanuel Fraisse, Léon Garde, Louis Gervy, Germain Giraud, Eugène Gonnet, Elie Jalla, Jules Jean, Edouard Joubert, Joseph Jurrus, Paul Jurus, Prospert Ladreyt, Edouard Lantheaume, Emile Lantheaume, Marius Lodier, Sully Lombard, André Long, Léon Martin, Léon Malleval, Elie Merle, Henri Moulin, Louis Moulin, Emmanuel Mounier, Albert Moyon, Clément Mulatier, Camille Nicolas, Jean Pâris, Noël Perdriole, Léon Poudrel, Elie Raillon, Fernand Raillon, Samuel Reppelin, Casimir Rey, Elie Rissoans, Léon Riou, Paul Romazini, Henri Ruel, Louis Ruel, Gabriel Salles , Albert Salin, Florand Sauvan, Marius Sauvan, Numa Savoye, François Sayn, Armand Tabardel, Paul Tardieu, Gustave Thomas, Robert Tourres, Léon Vely, Henri Vial, Jospeh Vial, Jules Chaudanson, Camille Dalboussiere étaient avant tout des hommes dont la vie se passait ici à Montmeyran, dans les rues, les champs, les maisons de notre village.

En quelques mots, nous allons essayer de retrouver qui ils étaient. Ceux qui les connaissaient pourront ainsi se souvenir ; ceux qui ne les connaissaient pas pourront les découvrir. Les éléments ont été recueillis dans les registres d’état civil de la mairie. Sur les 83 Montmeyrannais  concernés, nous avons trouvé des renseignements pour  55 d’entre eux.

Lorsqu’ils décédèrent, la moyenne d’âge était de 25 ans, le plus jeune avait 19 ans, le plus âgé 41 ans. 47 % d’entre eux étaient mariés, 50 % étaient célibataires et 3 % veufs.

48 % d’entre eux étaient nés à Montmeyran, soit dans le village (place de la fontaine, rue des Richard… ) soit dans divers quartiers comme les Rollands, les Dinas, le Petiots, le Hameau des Puits, le Palus, les Blagnat, la Piliasse, la Condamine, les Batailles, les Genceaux… D’autres étaient nés dans les communes environnantes et habitaient Montmeyran suite à leur mariage,  un déménagement des parents, une installation personnelle. Les communes environnantes étaient représentées : Upie, Grâne, Beaumont…tout comme certains villages de l’Ardèche : Boucieu le Roi, Monières, St Michel, Alboussières…A noter aussi la présence d’un Montmeyranais né à Marseille et un autre à Paris.

Peu d’information sur leurs professions ; sur celles recueillies, nous avons un menuisier et cinq cultivateurs. Grâce aux actes de naissance, nous avons des renseignements sur la profession de leurs parents.  100 % des mères sont qualifiées de ménagères, c’est-à-dire sans profession autre que celle de s’occuper des enfants et de la maison. 83 % des pères sont cultivateurs. Les 17 % restant représentant deux maçons, un maréchal-ferrant, un cafetier-sabotier. Cela confirme tout de même à l’époque l’importance de la population agricole de Montmeyran, sachant qu’au niveau national, en 1914, la population rurale représente 56 % de la population nationale.

La plupart de ces Montmeyranais étaient des soldats de première ou deuxième classe ; on compte toutefois six caporaux, un maréchal des logis, trois sergents, un lieutenant, un sous-lieutenant et un capitaine. Nombre d’entre eux faisaient partie du 75 ème régiment d’infanterie. La plupart sont morts sur le champ de bataille dans l’est de la France (Marne, Vosges, Somme, Meuse…). A noter que l’un d’entre eux est décédé dans un camp de prisonnier en Allemagne à  Griesheim, deux en Belgique, un en Serbie à Semendria et un en Turquie à Seddoul Bakr.

Contrairement à ce qu’ils espéraient, le premier conflit mondial ne fut pas la der des ders. Des noms de Montmeyrannais gravés à la suite d’autres conflits sont là pour nous le rappeler.

En souhaitant que ces quelques lignes de mémoire apportent aux jeunes générations un éclairage différent sur tous ces hommes dont les noms sont inscrits sur notre monument aux morts. Les réflexions entreprises actuellement sur le sens à donner à son nouveau lieu d’implantation sont aussi un témoignage fort de la volonté qui est la nôtre de ne pas oublier. L’important est d’en faire un lieu de commémoration pour la paix et l’entente des générations à venir.

Roland Boudarel

Illustrations : Fantassin  de 1914 (aquarelle de Georges Scott in l’Illustration)
Photo de Montmeyran (collection personnelle de Mr Champel